Profiter de la crise ?
Le jeu vidéo a connu quelques crises. Les anciens parlent de celle de 83, les plus récents de 2001. On en connait une autre actuellement, que je remarque du moins dans la mort de certaines boites, le licenciement que font d’autres…
Ca va pas fort. Soit. C’est pas franchement notre faute : le climat economique et politique est maussade, voire mauvais.
Pourtant on peut en profiter pour règler certains débats internes et améliorer notre industrie. Trancher les membres malades, panser les plaies, désinfecter, et hop, repartir du bon pied. Petit florilège:
1- La représentativité
Si on ne veut pas continuer à faire des jeux datés où on prend les filles pour des cruches, il FAUT des filles dans cet industrie. Il faut également des minorités.
Comment se fait il que la plus part des développeurs soient des mecs blancs ? Si on veut passer du truc de garage à l’industrie réelle, sérieuse, mature, il est vital que le monde entier soit représenenté et intégré.
Comment se fait il que le seul héros arabe du jeu vidéo AAA soit le Prince de Perse ? Je pense qu’on aura franchi un grand cap quand on aura le nouveau héros de Splinter Cell : Saïda Benzami-Fischer, et que ça se vendra. Il faut que d’une part l’industrie prenne des risques sur ces sujets là, et que les jeux soient assez bons pour que ça se vende.
On m’a cité plusieurs fois Beyond Good&Evil en contre exemple (on a fait une femme vaguement typée, sans seins énormes, et ça s’est pas vendu). J’aime bien BGE, mais soyons honnête : il y a bien 15 raisons plus valables, pour que ce jeu se soit mal vendu, que son héroïne).
Le jeu vidéo est market driven. On ne fait pas tel type de jeu ou de héros parce que « bah on pense pas que ça se vendra ». Il faut donc que certains est le courage de lancer des contre exemples (et le talent pour les réussir, sinon on renforce les préjugés du marketing). On a beau dire ce qu’on voudra, que le game designer est au centre du processus créatif, qui décide encore? Un marketeur.
2- Art ou pas ?
Dans l’industrie, le débat est tranché à moitié. Les créateurs se disent artiste. Les éditeur ne veulent pas entendre parler d’artiste. Ca coute trop cher.
Il serait temps de se mettre d’accord. Profitons de la crise pour séduire le public (et non chercher à convaincre les éditeurs). Le public convaincu que nous avons des Spielberg, nous aurons nos galons d’art majeur. Là seuls les geeks connaissent le nom du mec derrière la direction artistique ou les règles du jeu.
Certains jeux se vendent sur le nom de leur auteur (Molyneux, Meier’s) le public VEUT des auteurs. Plus que des séries à succès, un nom est aussi un gage de confiance (Sid, je t’ai toujours aimé, dans tes jeux du moins).
Cela implique qu’on crée une mémoire du jeu vidéo, un panthéon, avec ses gloires, ses oeuvres de jeunesses, ses erreurs. Il faut donc un statut pour les vieux jeux qui prennent en compte la sauvegarde de cette mémoire. Dans 30 ans, si rien n’est fait et si les procès continuent, des oeuvres aussi brillantes que Gabriel Knight, Day of The Tentacule (je prend Lucas Arts volontairement en exemple), Dune de Cryo ne seront plus accessibles à qui que ce soit. Plus personne d’ailleurs ne sera capable de jouer sur une megadrive qui ne sera plus qu’un lointain souvenir.
Ces oeuvres (et bien d’autres) sont notre passé, et notre avenir. Il faut qu’on ai une mémoire équivalente à celle qui existe pour le cinéma, la télévision ou le livre. Des dépots légaux, par exemple, serait un premier pas.
3- Le piratage
On en est venu à prendre le joueur honnête en otage, pour le piratage. Il DOIT se connecter pour jouer, il DOIT valider sa version, etc… J’ai connu des jeux plus chiants à installer et jouer (lenteur) en version normale, que piratée. La blague.
Il reste à inventer une solution qui inverse ce rapport de force.
4- Le financement.
Actuellement, le système est déséquilibré. Le pouvoir est au mains du marketing et du financement. C’est dans un sens compréhensible (il y a une énorme prise de risque) et dommageable (on fait des suites à n’en plus finir, des jeux à licence, certains projets sont baclés, les jeux de sport annuel). La quantité et la rentabilité priment sur le reste. De façon outrageuse.
Deux solutions au premier abord:
- Diminuer la quantité
- Diminuer la prise de risque.
Comment y arriver? Ca va être à notre génération de gamers de trouver ces clefs. C’est le seul chemin pour retrouver de la créativité. Peut être qu’Indie Fund est une bonne solution – je l’espère – mais elle ne doit pas rester la seule, ou lettre morte. Un jeu vidéo d’auteur, petit, moins risqué, créatif doit naître et exister durablement. Le jeu vidéo a besoin de ce nid à idées, talents et art.
5- La violence
On sert trop de boucs émissaires pour la violence de la société. Du coup on s’autocensure beaucoup au final. Frapper des enfants, dans un film on peut, si ça sert la narration. On a même vu des scènes de viols (de meurtre j’en parle même pas) dans des films. Ca ne choque personne. Au pire le film est interdit au moins de 16 voire 18 ans. OK soit. Mais le film sort, se vend en DVD et personne n’en meurt.
Essayez donc de faire les mêmes scènes dans le jeu vidéo. Bon courage !
6- Les mauvaises habitudes
- Les heures supp non payées
- Les crunchs quasicontinuels
- La crainte voire la défiance envers les syndicats ou les représentants du personnel.
- La crainte en France, surtout, qu’on leur rappelle que c’est pas le code du travail US, ici, et qu’il faut arrêter les abus.
- Les jeux qui sortent avec leur lot de patch.
- Les mauvais jeux à licence
- Les jeux qui sortent chaque année avec 0 amélioration ou presque (FIFA, PES…)
- La main mise trop exclusive des fabriquants de console sur le marché où ils sont juges et partie (Approvals, TRC, les freins sont nombreux… Essayez donc de faire un jeu PS3, aussi bon qu’un jeu Sony, mais qui va sortir un mois avant… Bon courage également !)
Si les sourires sont francs, les pratiques, elles sont souvent violentes, entre acteurs du jeu vidéo. Est ce vraiment si nécessaire pour faire du bon boulot ensemble ?
Conclusion personnelle : il y a du boulot.
Et vous, quels défis voyez vous pour demain ?
Articles connexes
- Flower of Scotland
- Chute des ventes DS : Le piratage est il seulement en cause ?
- Casus Belli revient ! Et moi aussi.
- Monte Cristo est mort...
- MonteCristo va-t-il pouvoir se venger ?
- Développeurs : le crunch nous va si bien...
- IBIS Capital annonce la mort des consoles
- Est ce la mort du jeu vidéo ? (ou le syndrome du cété-mieu-avant-isme)
- Les charts, sur Gamekult et l'AFJV, la bourse sur TradingSat
- La mode est à la nostalgie... Quelques annonces

Pour moi, le défi serait peut-etre d’élever le jeu vidéo à un statut qui lui serait plus approprié. Je trouve qu’il est considéré majoritairement comme un joujou pour enfants, une « idiotie » qui n’apporte rien de plus que de passer le temps.
Le jeu vidéo est plus que ça : Il est un divertissement certes, mais aussi un moyen de raconter une histoire (tiens tiens comme au cinéma…), un vecteur de socialisation (le multijoueur c’est du poulet?)et même une source de concepts (artistiques ou de gameplays). En somme le jeu vidéo doit relever le défi de s’installer dans la catégorie des média sérieux au même titre que la TV (et encore…) ou le cinéma; et ne doit plus rester le passe-temps des seuls enfants et adolescents. Je pense qu’a l’heure actuelle ce n’est certainement pas le cas. Mais je peux me tromper…