3 salons en même temps : l’étrange jeu du SELL
Chaque automne Paris connait 2 salons orientés grand public :
Le Festival du Jeu Vidéo, et un mois plus tard, le Micromaania Game Show. Bien que les dates soient proches, les deux salons arrivent à cohabiter:
Le FJV a attiré 66.000 visiteurs, a déjà vécu 4 éditions bien remplies, le MGS 9 éditions et plus de 60.000 personne. Chaque évènement semble donc avoir trouvé son public (même si j’aimerai qu’ils fusionnent pour faire un plus gros évènement, mais c’est pas le sujet).
Sauf que le SELL (selon Gamekult, les citations viennent de cet article), partenaire 2009 du FJV, veut faire son propre évènement. Essayons d’analyser les propos receuillis du Secrétaire Général du Syndicat des Editeurs de Logiciel de Loisir, Mr Larue.
Contacté par téléphone par Gamekult, le délégué général du SELL Jean-Claude Larue explique : « La profession veut prendre la parole avec son salon à elle« . En des termes moins diplomatiques : « Le Festival du Jeu Vidéo, c’est terminé« . Le SELL souhaite « être propriétaire du nom du salon et y faire sa propre politique« .
Des objectifs suréalistes :
- 100.000 visiteurs en cinq jours
- du 27 au 31 octobre prochains
- dans le Parc d’Exposition de la Porte de Versailles, à Paris.
Mais pourquoi est il aussi méchant ?
Il faut comprendre cela à plusieurs niveaux:
Le SELL tient à montrer le jeu vidéo comme un agrégateur de culture, non comme une culture en soit (pour éviter l’émergence des auteurs, qu’elle redoute. Parce qu’auteur = droits d’auteurs à payer). Oui, quand on appelle le jeu vidéo de « logiciel de loisir » ce n’est pas annodin. Les gens du SELL veulent que l’on traite le jeu vidéo comme un logiciel. Larue ne dit pas autre chose : « Nous voulons le salon de l’auto du jeu vidéo : des sportifs, des animations, du Tony Parker, du David Guetta, des voix célèbres…« .
Ce n’est donc pas tant la menace d’une taxe culturelle que redoute le SELL, mais la reconnaissance culturelle du jeu vidéo. En 2009, Jean-Claude Larue avait exigé que le Ministère de la Culture (Frédéric Mitterrand) ne soit pas invité au Festival du Jeu Vidéo, « pour montrer qu’on est une industrie majeure qui n’a pas besoin de subventions ministérielles » (sic). Il l’a été tout de même, au grand damn de ce dernier.
Est ce que le jeu vidéo est une culture ou un logiciel de loisir agrégateur de cultures? Chacun appréciera.
Ce choix du SELL est contesté, évidemment par les créateurs. Certains le disent en perte de vitesse.
Du coup ils espérent, en montant ce salon, réimposer leur vision du jeu vidéo. L’Etat, bien malgré eux, en décorant certains auteurs du titre de Chevalier des Arts et des Lettres, en faisant venir le Ministre de la Culture, impose la vision du jeu vidéo comme une culture en soit, avec des auteurs. En recréant un salon, ils veulent redevenir le porte parole de l’industrie, porte-parolat contesté.
Le SELL a fait un sacré grand écart en voulant à la fois le droit logiciel et l’exception culturelle (le crédit d’impôt pour exception culturelle). Il l’a déjà fait concernant le refus de la copie privée ( comme un logiciel) et la demande de recevoir de l’argent au nom de la taxe pour copie privée (comme un produit culturel).
Un grand écart mal compris des politiciens français (comme vouloir le beurre, l’argent du beurre, la crémière, le crémier et la recette de la crême …). Du coup ceux ci se sont tourné vers d’autres acteurs. Qui ont conforté la position « jeu = culture ». Du coup l’Etat Français a été porter l’exception culturelle au niveau européen. On imagine les éditeurs de loisirs d’Europe grincer des dents à cette nouvelle.
D’autant qu’il y a une corolaire : des studios profitant d’un crédit d’impôt sont moins financièrement dépendants des éditeurs. Les esprits chagrins comprendront que chacun veuille transformer la chose à son avantage.
Le SELL a déjà maintenu cette position « jeu = logiciel aculturel » en lâchant par exemple l’ENJMIN, la première école spécialisée dans le jeu vidéo, qu’elle soutenait lorsqu’il a compris la vision du jeu vidéo défendue par l’école. Faut dire, faire un concours qui ressemble beaucoup à celui des Beaux Arts était un signal intelligent, et fort. On comprendra donc la création de l’Institut du Jeu Vidéo par le SELL, à Cannes.
Les éditeurs veulent redevenir les porte-paroles de l’industrie
Le SELL représente les éditeurs. Uniquement les éditeurs. Ils ne représentent pas les développeurs, les distributeurs, les revendeurs… Ils ont déjà un pouvoir financier énorme. Ils veulent donc maitrîser la communication de l’industrie, afin d’en imposer la vision du grand public. Quitte à ce qu’il y ai quelques cadavres dans les placards.
Le SELL quant à lui compte ses troupes. C’est aussi voir le but de la manoeuvre : les éditeurs vont ils soutenir le SELL ? Car, si Jean-Claude Larue annonce « tous les éditeurs vont soutenir le salon du SELL« , c’est qu’en fait, ce n’est pas si évident. La crise, les tensions entre certains éditeurs font que le SELL pourrait très bien se retrouver isolé. Le but, là, est de mobiliser troupes, avec armes et bagages.
Du coup le FJV s’adapte.
Selon Gamekult, le FJV va s’ouvrir « à la création, à la formation, aux jeux en ligne« . Bref les domaines sur lesquels les éditeurs de loisir ont le moins d’emprises et le plus de sujets brûlants. C’est le plus intelligent, taper où ça fait mal.
Reste à savoir si ça attirera suffisament les foules pour permettre la coexistence, même non pacifique.
Le MGS n’aime pas.
On les comprend. Le MGS est un peu l’étendard des revendeurs et distributeurs indépendants et du plus gros d’entre eux. Donc forcément, que les éditeurs de logiciels de loisir (qui imposent des marges bien courtes ainsi qu’une grosse pression aux vendeurs) veuille reprendre la main et plomber les salons voisins, ça fait mal.
Le salon du SELL tombant à la même date que le MGS, ca fait beaucoup.
Le rapport à la Gamescom / Games Convention est limité.
La transition dans la douleur entre la Games Convention de Leipzig et la Gamescom de Cologne n’est pas vraiment un sujet analogue.
La Gamescom a été soutenue par énormément de gens dans l’industrie, studio compris. Le choix de Leipzig (trop petite ville pour le salon) commençait à peser lourdement, tant niveau transport que hôtels.
Là on ne peut pas dire que le SELL dispose d’un argument massue niveau lieu: ça se passera au même lieu que le FJV.
L’avenir va être intéressant à suivre…
Le jeu vidéo va-t-il enfin obtenir son visa pour la culture, ou la vision du SELL va-t-elle prédominer? Les temps qui viennent seront très intéressants à analyser. Qui devrions nous soutenir ? Quelle vision du jeu vidéo ?
Forcément en tant qu’ancien étudiant en gestion de projet de l’ENJMIN, j’ai mon avis sur la question.
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