Interview : Sylvain Nanche, ancien Playtester et Agent QA chez Ubisoft

On en fait parfois des rencontres surprenantes dans la vie. C’est le cas de votre serviteur, qui en jouant un MMO (vous savez, celui à 11 millions d’abonnés) a pu rencontrer 3 ou 4 développeurs de jeu vidéo sur son serveur.

Amusante coïncidence, l’un d’entre eux, Sylvain Nanche, avait avec moi une ou deux connaissances communes. Il s’est donc prié de bonne grâce à mes questions les plus tordues.

Pour ma première interview, j’ai voulu parler d’un métier qui passionne les foules (et fait rêver les gamins), un métier souvent peu rémunérateur, mais surimportant : le rôle de QA.

Distraction Massive : Peux-tu un peu te présenter ?

Sylvain Nanche : Je m’appelle Sylvain, j’ai 29 ans et je bosse actuellement comme administrateur réseau indépendant.

Je n’ai en poche qu’un bac technique en électronique.

J’ai travaillé sur les jeux suivants : Splinter cell : chaos theory, Splinter Cell : Double agent, ainsi que Dark messiah of Might & Magic.

DM : Quel était ton rôle sur ces projets ?

SN : Principalement, playtester et agent QA. Pour rentrer un peux plus dans les définitions, le playtester « joue » pour vérifier l’équilibre du jeu en général (classe, arme, progression), l’agent QA vérifie que tout fonctionne comme cela devrait (on peut interagir avec le monde, tel bouton effectue bien telle action).

DM :
Que retiens-tu de cette expérience ?

SN : Ce que je retiendrais de cette expérience c’est avant tout des rencontres avec des gens très intéressants.

DM : C’est tout ?

SN : Non j’ai aussi été étonné par le nombre de métiers différents qui cohabitent dans la création d’un jeu. On imagine tout la « mécanique » derrière la création d’un jeu.

DM :
Qu’est ce qui t’a le plus surpris ?

SN : Le « sérieux ».  Je me faisais une image très différente d’un studio de jeux vidéo, je pensais arriver dans un niveau des lapins crétins en vrai. Avec le recul je sais que c’est idiot, mais c’est un peu l’image de l’inconscient collectif. Il y a des moments de détente et de pêtage de câble, mais la plupart du temps on est plutôt dans une ambiance studieuse.

DM : Quelle est la journée type dans ce métier, à Ubisoft ?

SN : Il n’y a pas de journée type, et je crois que c’est un des composants qui m’a le plus plu.

DM : La taille moyenne des équipes d’Ubisoft est généralement plus grande que celle qu’on peut trouver dans les autres studios...

SN : En général, oui. Moi j’avais l’opportunité de travailler dans une équipe de taille moyenne.

DM : En quoi ton travail était différent de celui de QA/testeur dans une boîte plus petite ?

S : Dans le fond pas grand-chose, dans la forme déjà plus. Dans une petite équipe il y à en général très peu de testeurs, et chacun fait de tout. Nous étions plus focalisé chacun sur des secteurs précis du jeu, ce qui ne nous empêchait pas de faire des tests généraux.

DM : Est ce que ça te tente pas, parfois de passer dans des équipes de développeurs bien plus restreintes ?

SN : Malheureusement je pense qu’aujourd’hui, les contraintes de coût et de temps (ce qui revient au même) laisse de moins en moins de chance aux équipe très restreintes.

On ne fait plus de jeux vidéo à  4 dans un garage (rire)

DM : Et les jeux en flash alors ? Et les jeux indépendants comme World of Goo ?

SN : Les jeux flash, indé ou amateur en général sont un univers que je ne connais pas, et qui ne m’attire pas forcément, donc je ne me permettrais pas de commenter. Je pense par contre que ça peut être un tremplin.

DM : Quels sont les petits plaisirs et petits moments désagréables du métier ?

SN : Les petits plaisirs c’est trouver enfin un bug qui traine depuis longtemps. Ou battre à plate couture un développeur ou un journaliste (rire).

Les moments désagréables je dirais que c’est tous les tests TRC (obligatoires pour passer les certifications Microsoft/Sony/Nintendo).

DM : Est ce qu’il y a un guide des « best practices » ? Des choses utiles qu’on apprend sur le tas ?

SN : On apprend beaucoup de choses sur le tas, car quand on parle de son travail aux gens ils ne s’imaginent pas de quoi il s’agit. En gros tout le monde pense que je passe mes journées à jouer aux jeux vidéo. Les gens oublient souvent toute une partie du métier.

Premièrement il faut savoir que trouver les bugs est une chose qui ne se fait pas sans méthodologie. On n’en fait presque jamais de test en aveugle où on « joue » et on verra bien si ça plante. Nous essayons toujours de cibler nos actions, de manière structurée, avec un plan en tête.

Ensuite quand un bug apparait il faut trouver la méthode pour le reproduire, puis le communiquer (en anglais le plus souvent) avec le plus de détails possible, pour qu’il puisse être corrigé.

Et puis il y a aussi des tests longs et peux passionnant mais primordial pour la qualité du jeu, comme vérifier que toutes les surface au sol produise le bon son de pas (bois, pierre, etc.…), ou que les ombres sont correctement projeté, sans oublier la partie traduction.

Pour résumé pour être testeur il faut être rigoureux, patient, savoir travailler en équipe et avoir une bonne maitrise de l’anglais, et aussi bien sur, un vrai amour des jeux vidéo.

DM : L’anglais forcément obligatoire alors ?

SN : OUI, définitivement.

DM : Si tu devrais revivre la même expérience, que changerais-tu ? La revivrais-tu ?

SN : Je la revivrais sans problème, avec très peu de changement car j’en garde un très bon souvenir.

DM : Quels sont les prochains projets sur lesquels tu bosses ?

SN : Je ne peux pas en parler sinon je devrais vous tuer. (Tout ce que je peux dire c’est que ce sera une licence et que ce sera du multi-joueurs).

DM : Tu as pu tester pas mal de jeux Ubi récents. Sur lequel t’es tu le plus éclaté ?

SN : J’ai bien kiffé Assassin Creeds 2, alors que j’avais eu plus de mal avec le 1.

DM : Et en ce moment, à quoi tu joues?

SN : God of war III, Final Fantasy XIII, World of Warcraft.

DM : A l’exception des jeux sur lesquels tu as travaillé, quels sont tes jeux favoris ? Pourquoi ?

SN : Et bien ça va faire un peux redite mais je commencerais par la série God of War, pour son action débridée et décomplexée, et la série Final Fantasy, qui, malgré des hauts et des bas, me donne toujours envie d’y revenir.

Ensuite je pourrais citer en vrac Gran Turismo, Tekken Fallout. Et la majorité (pour en pas dire l’intégralité en comptant Lost Vikings et Rock’n’Roll racing) des jeux Blizzard. Je pourrais en citer encore beaucoup d’autre …

DM : Je sais de source sûre que tu as un pied dans la beta de Starcraft 2. Qu’en penses-tu ?

SN : Je me dis que ces gens on du talent et un service test en béton. J’avais déjà pu goûter à une version alpha lors de la Blizzard Worldwide Invitational 2o08, et le jeu était déjà stable. Depuis le jeu est devenu beaucoup plus beau, tout en gardant la stabilité et la jouabilité propre aux titres Blizzard. Encore un futur hit en puissance.

DM : Tu es joueur de World of Warcraft. Est ce un passage obligé pour tout développeur ?

SN : Passage obligé je ne pense pas, disons juste que beaucoup de « core gamers » sont passé par Wow, et que beaucoup de développeur sont des « core gamers ».

DM : Est ce que ça t’apporte quelque chose dans le boulot ?

SN : Tous les « grands » jeux laissent des marques, des jalons qui deviennent plus ou moins des standards. On ne peut se permettre d’ignorer totalement les codes d’un jeu qui rassemble 11 millions de joueurs chaque mois.

DM : Tu te vois où dans 20 ans ? Dans le jeu vidéo ?

SN : Peut être, ou pas, va savoir. J’ai eu beaucoup de changements dans ma vie professionnelle, donc je ne sais pas. Mais si une opportunité intéressante se présente, je n’hésiterai pas à la saisir.

DM : Si tu as un conseil pour celui qui veut faire le même métier ?

SN : Si on veut se faire une place dans le monde jeu vidéo, aujourd’hui les écoles du jeu vidéo tel que ARIES ou SUP’info sont un passage quasi-obligatoire. De plus je pense que c’est un métier de passionné.

DM : Et l’ENJMIN  alors ?

SN : Je ne connais pas toutes les écoles ;) ayant moi-même un parcours atypique dans ce métier.

DM : Quelle est la question que tu aimerais qu’on te pose et qu’on ne t’a jamais posé ?

SN : Tu aimes les films de gladiateurs ?

DM : Et donc, tu aimes les films avec de grands hommes au torse nu et huilé ?

SN : Et comment !!! D’ailleurs je monte un remake de 300 si sa te tente (rire).

Mon allergie méconnue à l’huile d’olive me force à refuser, vous le comprendrez. Merci en tout cas à Sylvain pour ce baptême du feu commun.

Si jamais vous avez des questions (intelligentes, c’est mieux) à poser à Sylvain, n’hésitez pas à les poser en commentaire, j’essayerai de faire en sorte qu’il passe (ou de lui relayer les questions ;) )

Propos recueillis le 25 mars 2010




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2 Réponses de “Interview : Sylvain Nanche, ancien Playtester et Agent QA chez Ubisoft”

  1. Catherina A. dit :

    Bonjour,
    franchement le monsieur ne semble avoir qu’une connaissance très restreinte du milieu, j’ai plus l’impression de lire l’interview d’un banal joueur fan de Blizzard. Y’a que la question sur les « best practices » qui est intéressante pour se faire une idée plus réelle du travail au QA.

    • Nicolas B. Nicolas B. dit :

      Bonjour,

      Si on peut supposer que de bosser chez Ubisoft sur plusieurs projets phares est « une connaissance très restreinte du milieu » alors soit. Ca me surprend quelque peu celà dit. J’ai pu côtoyer plusieurs testeurs / QA au cours de ma carrière, et leurs pestages sur les TRC, les incompréhensions de certains l’équipe (« tout le monde pense que je passe mes journées à jouer aux jeux vidéo ») sont souvent identiques.

      Ceci étant dit, l’interview est (forcément) orientée :j’ai posé des questions qui me semblaient pertinentes. Mais journaliste est un métier, qui ne s’improvise pas et que je découvre à chaque étape. Blizzard fut la plateforme par laquelle j’ai croisé Sylvain, c’est une partie intéressante que de savoir l’avis d’une personne du millieu, sur d’autres jeux du milieu.

      Si vous avez des questions à suggérer afin de compléter l’article, n’hésitez pas à me les transmettre, afin que je puisse les envoyer à Sylvain, et compléter l’article. J’ai toujours considéré que tout avis, toute suggestion, toute critique et tout retour sont bons à prendre.

      Cordialement,
      Nicolas B.

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