De tous les peuples, les suisses sont ils les plus cons… ervateurs ?

Comme vous le savez, j’aime les titres provocateurs. Je ne suis pas raciste, loin de là, et j’adore la suisse et nos amis helvètes. Néanmoins je m’interroge sur leurs récents dérapages législatifs. Je ne parlerai pas de l’épisode sur « interdiction des minarets » (même si c’est un débat passionnant, un blog sur le jeu vidéo a vocation a parler de… jeu vidéo !).

Mais la Confédération Helvétique a décidé de s’attaquer au « problème » des jeux vidéo violents. Petit rappel des faits.

EDIT: Rajout d’un ou deux liens en rapport avec le sujet.

Affiche UDC Moutons Noirs

L'UDC. Ou quand un parti politique est plus violent dans ses propos qu'un bon paquet de jeux vidéos. J'aimerai bien un ou deux logo PEGI sur cette affiche.

La fautive se nomme la Commission des affaires juridiques, du Conseil des États Suisse. Jeudi soir, cette instance a adopté 2 motions : La première, votée à 27 voix contre 1, valide l’interdiction de la vente de jeux vidéo violents aux mineurs.Jusque là, pas de soucis, on a l’habitude et c’est finalement logique, dans la continuité du PEGI.

La seconde (19 voix contre 12) interdit totalement ces même jeux vidéo. Y compris aux adultes.Et pas seulement la vente, mais aussi la production, la publicité, l’importation et la diffusion de tels jeux.

C’est là que ça me dépasse. Cette dernière motion a été proposée par Evi Allemann (j’aime donner le nom du coupablen, ça fait procès de la vindicte populaire), jeune députée socialiste, qui réclame « une base légale permettant d’interdire la production, la publicité, l’importation, la vente et la diffusion de programmes de jeux (sic) dans lesquels de terribles actes de violence commis contre des êtres humains ou ressemblant à des humains contribuent au succès du jeu ».

La commission des affaires juridiques n’a pas vocation législative, elle n’a pas force de loi. Néanmoins, en votant ce texte, autorise les états à légiférer dans ce sens et elle exige du Conseil fédéral, quelque soit sa volonté, qu’il soumette au Parlement un projet de loi dans ce sens.

Forcément ça a énervé Electronic Arts. Dans le journal suisse Le Temps,  Tiffany Steckler, leur porte-parole déclare :

« Cette censure démontre que les politiciens ne comprennent ni notre industrie, ni les consommateurs. Personne ne pense censurer des films ou des livres ayant un contenu adulte. La moyenne d’âge des joueurs est de 28 ans. Ce sont des personnes qui doivent pouvoir choisir librement leurs divertissements. »

Merci Electronic Arts de rappeler les faits.

Après forcément on trouve des gens assez crétins pour mélanger allègrement jeux violents et jeu de tir, comme ici : http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2102

On notera dans cet article le « 3500 études qui prouvent le lien jeu vidéo / violence », chiffre tiré d’un chapeau. Et le fait qu’on parle d’études de 1973 et 1977, où il est vrai, le jeu vidéo était déjà une industrie de masse massacreuse de gens. C’est intéressant le lier à une autre étude (résumée chez jeuxvideo.com )

Celle ci démontre que 59% des études sur le lien jeu vidéo / violences partent d’un parti pris (d’un bord comme de l’autre) donc ne sont qu’un ramassis de connerie. Ils s’étonne notamment des faits suivants :

  1. Il y a plus d’études sur le jeu vidéo que sur (par hasard) la télévision ou le cinéma.
  2. 41% de ces études utilisent des méthodes cohérentes, scientifiques et standard pour mesurer la violecne.
  3. Les autres utilisent des méthodes qui font apparaitre le biais du chercheur, certains n’hésitant pas à ignorer certains résultats non conformes à leur attentes.
  4. Plus les méthodes de mesures se rapprochent de faits vérifiables et quantifiable, moins le lien jeu vidéo = violence semble prouvé.
  5. Les choix faits (études courtes dans la durée, sur un nombre restreint de sujet, en laboratoire et non en condition réelle, sur des jeux prédéterminés sans lien avec ce que les parents achètent à leurs enfants) faussent souvent la crédibilité des études.
  6. Aucune étudie fiable ne prouve encore que les jeux vidéo ont un impact supérieur aux autres médias sur les tendances violentes.

Des précédentsPetit tour du monde des plus beaux cons… servateurs

Déjà en suisse, les socialistes déraillaient : En avril 2009 l’association VGMG (Vereinigung gegen mediale Gewalt, soit « association contre la violence des médias ») a été créée par le député socialiste suisse du canton de Bern, Roland Näf. Ce dernier plaide pour, je cite « l’interdiction des jeux vidéo dans lequel le meurtre et/ou la torture représentent un objectif », et de l’autre à « promouvoir les jeux vidéo riches, stratégiques et sophistiqués qui ne se focalisent pas sur la violence ».

C’est vrai que la torture est souvent un objectif majeur de jeu vidéo… Ce qu’il faut pas lire ou entendre comme ânerie.

Mais on a déjà eu des bévues similaires en Grèce : La loi 3037, votée par le parlement et promulguée à la fin du mois de juillet 2002, avait pour but annoncé de bannir les jeux d’argent. Comme ceux de Casino ou le Poker.

Toutefois, dans l’incapacité pratique de distinguer les jeux vidéo classiques des jeux d’argent illégaux dans la formulation (mais certains disent que c’est lobby des jeux d’argent qui a sabordé la loi), le gouvernement a décidé d’ériger une loi plus générale qui interdit purement et simplement de s’adonner aux jeux vidéo, que ce soit dans un lieu public ou privé. Le jeu vidéo c’est le mal.

Le jeu vidéo, toute plateforme, était ainsi punissable d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à trois mois et de 5.000 euros d’amende, et les récidivistes risquaient jusqu’à un an d’emprisonnement et de 50.000 à 75.000 euros d’amende.

Soyez heureux, ami gamer grec, la farce a tourné court :

Ce « caractère disproportionné » avait déjà fait l’objet d’une « procédure de recours en manquement » de la Commission européenne, qui a considéré la réponse du Gouvernement Grec insatisfaisante. Contraire au droit Européen, la décision avait été cassée.

L’Europe pour le jeu vidéo, contre Hadopi ? Ami gamer, votez donc aux élections européennes !

En Arabie Saoudie, le jeu vidéo violent à interdire, c’est… Pokémon ! Le jeu est interdit pour promotion du sionisme (un jeu japonais, sioniste ? l’affirmation est aussi décalée et nazifiante que stupide) et des jeux d’argent. Les Emirats Arabes Unis ont interdit des jeux pour destruction de divinité (God Of War) ou sexualité (Mass Effect, God Of War; Heavy Rain…).

En Australie, les jeux 18+ sont interdit (les films par contre peuvent être 18+) Il ne peut y avoir de jeu que 15+ grand maximum. Donc pas mal de jeux sont importés illégalement là bas, ou téléchargés sur internet : GTA, Fallout…

La Chine, elle, interdit pour raison politique généralement. L’image de la chine, la représentation de Tibet, de Taïwann,… Ils on également la dent dure contre les MMO, qui pervertissent la jeunesse (les jeunes chinois sont friands de ce genre d’évasion, allez savoir pourquoi, et la Chine aime contrôler sa jeunesse, on se demande également bien pourquoi ?)

La Corée du sud, pays du gamer et terre sacrée du joueur de Starcraft, elle, n’a interdit que les jeux ayant pour scénario un conflit Corée du Nord / Corée du sud. La paix est sauve. Une devise geek dit : « un tournoi de Starcraft, c’est des équipes qui s’affrontent, et à la fin c’est la Corée qui gagne ». Interdire Starcraft là bas pourrait valoir un début de guerre civile, et non je ne rigole pas. En 2010, on peut encore voir des replay de Starcraft à la télé, regardés par des jeunes de 15 ans comme des bistrotiers de 40. Donc l’honneur est sauf, la Corée n’interdit pas à sa population de jouer. Le Japon également n’interdit presque pas (seul GTA 3 dans une préfecture).

D’autres pays interdisent sporatiquement, généralement Manhunt ou Manhunt 2 (faut avouer que ce jeu cherche un peu les coups) : Le Brézil, l’Irlande, le Royaume Uni…

Les Etats Unis ont un système plus vicieux: aucun jeu n’est interdit au pays de la liberté, mais les jeux 18+ ne sont pas vendus chez les grand distributeurs type Wallmart. Et ont donc des ventes misérables.

Et en France ? En Belgique ?

En France, plusieurs lois ont tenté de faire la même chose qu’en Suisse. Jacques Remiller, Bernard Depierre, Lionnel Luca (tous trois UMP) ont tenté une fois de faire interdire les jeux violents. Le projet de loi a été retoqué (powned, noob). Il faut dire qu’ils abusaient un peu, en décrivant Rule of Rose ainsi « il s’agit de violer dans les plus horribles conditions une petite fille puis de la torturer avant de la tuer dans la pire des souffrances ». Mensonger. On rappelle à ce titre que Rule Of Rose (16+) n’est pas à mettre entre toutes les mains certes. Mais s’il a obtenu le 16+ c’est que  le titre ne propose de torture.

Famille de France fait régulièrement parler d’elle sur ce sujet. Mettant allègrement Manhunt dans le même sac que Final Fantasy 7, à plusieurs reprises, cette association (que j’aurais tendance à classer dans la vieille tradition de la droite catholique, rigoriste et ringarde) a réclamé une interdiction des jeux violents. Je me demande encore si le but était de faire parler d’eux, ou de faire avancer le débat. Nadine Morano est également sur la même ligne (la blague, on a vu ses enfants jouer à GTA San Andreas dans un « reportage » de Paris Match).

En Belgique rien n’interdit la vente de jeux vidéo violents, la Belgian Entertainment Association (BEA), qui représente l’industrie belge des jeux vidéo, de la musique et de la vidéo, rappelle qu’elle respecte le PEGI. Amis Belge, merci, vous êtes bien justes.

Rappelons les faits.

  1. 50% des jeux produits chaque année sont tout public. Seul 1 à 5% sont marqués comme interdits au moins de 18+.
  2. Un système de classification, le PEGI (et l’ESRB également) existe. Il est obligatoire dans le milieu professionnel et clairement visible sur chaque boîte !
  3. L’age moyen du gamer en europe est de 28 ans. Il est majeur, vacciné, et suffisament grand pour différencier le réel du faux.
  4. Toutes les tueries adolescentes relancent le débat violence / jeu vidéo. Vu que 99% des adolescents américains ont joué à des jeux vidéo, ce n’est pas trop dur de faire un papier là dessus.
  5. Les parents doivent éduquer leurs gamins, vérifier les jeux qu’ils achètent. On ne laisserai pas un gamin de 12 ans acheter « Mein Kampf » ? Pourquoi laisse t on un gamin de 10 ans acheter GTA alors ? Je ne dis pas que GTA == Mein Kampf. Je dis « violence pour un jeune enfant dans les deux cas »
  6. Le jeu vidéo est une cible de choix pour média et politiciens : http://www.distractionmassive.fr/22/03/2010/qui-a-peur-du-grand-mechant-jeu-video/
  7. Selon la majorité des psychologues un gamin de 3 mois est capable de différencier le réel du virtuel.
  8. Selon la majorité des vrais psychologues (comprendre diplomés et sans attache politique, genre par hasard, à l’UMP) le jeu vidéo ne crée pas de violence, d’envie de meurtre chez une personne psycologiquement saine. Les dérapages arrivent chez des gens déjà fragiles. C’est ce que dit Michael Stora (pédopsychologue connu pour avoir soigné des gens avec le jeu vidéo comme support).
  9. Les tueries se passent dans des pays (au hasard les Etats Unis) où les armes sont en vente libre. Il est plus facile d’accuser le jeu vidéo que la connerie des pères fondateurs.
  10. Les études sociologiques démontrent que les jeux violents ont faire diminuer les violences (des baisses de la violence ont lieu après la sortie de jeu violents). Certains parlent d’un « effet Doom » (premier jeu à avoir connu cet effet). Les jeux auraient tendance à calmer les gens violents ?

Des partis coupés de leur base.

Ne soyons pas moralisateur, en France, ce genre de mesure extrême et populiste à souhait passerait aussi. On a notre lot de vieux conservateurs à l’Assemblée et au Sénat. Ils ne savent déjà ce qu’est le Peer 2 peer, Twitter ou Facebook ( et pourtant légifèrent à l’aveugle sur l’Hadopi ), comment voulez vous qu’ils sachent ce qu’est l’industrie du jeu vidéo ?

En fait le problème est global: nous sommes dans des systèmes politiques, en France comme en Suisse, dirigés par des élites agées… La moyenne d’age est bien plus proche de 50 ans que de 20. Ils ne comprennent ni ne connaissent le virage technologique de ces 25 dernières années. C’est à peine si la majorité d’entre eux sait allumer un ordinateur, l’utiliser pour regarder les infos.

Alors bon… La PlayStation 3 pour eux est un mot barbare. Rien de plus. Mais la blague étant que le JT de France 2 ou TF1 est plus souvent violent qu’un jeu casual sur Nintendo DS. Mais c’est pas les politiciens avides de tirer à eux la couverture des média, qui vont leur taper dessus.

Le jeu vidéo, relégué aux enfants.

En Europe, et particulièrement en France, la bêtise est le premier bourreau du jeu vidéo. On relègue majoritairement le jeu, en particulier le jeu vidéo (et le film d’animation) aux enfants. C’est un univers avec ses codes, que ne comprennent pas les adultes de 45 ans et plus. Leur vision totalement idéalisée de l’enfance fait qu’ils ne comprennent généralement pas que les enfants puissent être violents à la base.

Pour eux, en bref, c’est un passe-temps, pas un média culturel. Et surtout ils ne comprennent pas que c’est pour l’enfant une contre culture, contre notamment la télévision omniprésente, omnipotente, qui a gavé leur parents. Et que notamment, c’est pour ça que la téloche tape sur le jeu vidéo.

En quoi c’est con ?

- On peut télécharger un jeu via internet. Et moins de faire un filtrage du net (la Chine, bien riche et puissante a déjà du mal, imaginez la Suisse !) impossible de contrôler tout.

- Les frontières existent pour être franchies. Le joueur suisse se fournira en France, en Allemagne, en Autriche, en Italie…

- Ca ne cadre pas avec le fond du problème (la violence de nos sociétés occidentales mordernes et de leurs média) ni avec la forme (le manque d’éducation parentale).

- Cela coupe encore plus les jeunes des partis politiques, qui ont pourtant plus que besoin de renouvellement.

La seule solution

Amis jeune, tu es contre l’interdiction des jeux vidéo ? Rentre dans un parti politique, va débattre, va secouer ces vieux conservateurs. Et en attendant de sauver le monde, les geek pourraient ils sauver nos démocratie transformées en gérontocratie du pauvre ? Comme on dit sur WoW : « Omg need fat voteur skillz pour raid démocratie ».

Ou sinon, est ce que la Corée fait dans l’asile politique au gamer ?




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2 Réponses de “De tous les peuples, les suisses sont ils les plus cons… ervateurs ?”

  1. [...] le jeu vidéo comme un danger car ils n’y connaissent rien. Elle veut probablement faire comme les suisses qui veulent interdire la vente des jeux vidéos dits [...]

  2. Mamzell'Dree dit :

    Cet article est vraiment très intéressant, merci pour ces explications ! :)

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