Is this the industry we created ?
Déjà un peu d’éclairage pour le titre étrange de ce blog :
Is this the world we created ?
Maintenant que vais je pouvoir dire ? En fait je voulais réagir au blog d’un copain, un journaliste de jeu vidéo, un vrai, qui raccroche les gants. Ras le bol total et assumé :
http://fredbailly.com/2011/11/29/jaccuse/
Que dire à part que je suis à 99% d’accord ?
Oui notre industrie est pourrie. Pourrie par l’argent, pourrie par des gens pour qui la créativité n’est qu’un risque, pourrie par des abrutis sorties d’école de commerce et de communication et pour qui le jeu vidéo n’est ni un loisir, ni un art, ni un média, mais un produit commercial tout ce qu’il y a de plus banal, entre le fromage et le téléviseur. J’ai la franche impression qu’on est passé des rêveurs des années 80-90, à la générations des empaffés où le seul intérêt d’un jeu se mesure à son Return On Invest.
Quand je vois que certains recrutent des chefs de projet et des producers chez HEC, où on va ? C’est ça le jeu qu’on veut? Formaté?
Oui il y a une accointance dégueulasse entre journaleux aux ordres et des éditeurs. Oui certains éditeurs cooptent les gens qui vont avoir le droit de parler ou de noter leur jeu. A la guerre comme à la guerre. On se souviendra tous du gars viré pour avoir donné une mauvaise note à Kane & Lynch (qui est pourtant bien un jeu baclé). C’est un exemple parmis beaucoup d’autres. 95% de la presse est aux ordres. Reste 5% qui galère. Je ne parlerai pas plus du métier de journaliste, parce que je ne le connais pas.
Oui notre industrie aussi est immonde, parce qu’elle nous permet même pas d’en vivre décemment. Etre programmeur dans le jeu vidéo, c’est accepter un salaire (pour un bac+5 pourtant talentueux) qui plafonne entre 2k et 2K5 sur Paris, ou Lyon, où les loyers explosent.Alors que le moindre programmeur dans une SSII ou une Banque-Assurance débutant peut espérer plus qu’un Lead Dev expérimenté dans le jeu vidéo.
On veut des genies, on veut pas les payer décemment. Le jeu vidéo, par son coté temps réel et graphiquement exigeant, est l’un des domaines où les programmeurs doivent être les plus talentueux, les plus débrouillards et les plus astucieux (et pour la plus part, ils le sont sans hésiter) et où il faut savoir travailler en équipe soudée… bref ça nécessite énormément de compétence et de talent. Mais en France, sachez qu’un programmeur de jeu vidéo à Lyon est moins payé… qu’un éboueur à Lyon.
Car en plus, particulièrement en France, toute éclosion de talent est tuée dans l’oeuf. Ce n’est pas aujourd’hui que pourraient exister des Michel Ancel, des Fréderick Raynal, des Eric Chahi, des Philippe Ulrrich.. . Le jeu vidéo, pour évoluer vers son coté artistique, a besoin de ses chefs de projets stars, de ses game designers stars… bref le jeu vidéo a besoin de ses noms, de ses leaders. Si il y a encore un Eric Viennot existe c’est parce qu’il est a suffisament les coudées franches chez lui. Et je lui souhaite que ça dure.
Aujourd’hui Frederick Raynal serai Prog chez Ubi pour 2k3 par mois et viré au bout de 18 mois parce qu’un CDI, tu comprend c’est pas possible. Et pensez pas qu’il aurait pu avoir ne serait ce qu’un regard sur le game design.
Voilà ce qu’on fait de notre jeune génération. Méprisant? A vous de juger.
Ne croyez pas que je crache dans la soupe parce qu’elle est amère, mais plutot parce que la soupe m’a craché une fois ou deux à la gueule. Que penser de cette boite lyonnaise qui m’a proposé, alors que les loyers creuvaient le plafond, y a 2 ans sur Lyon, un salaire de 1500 euro brut ? Et qui s’étonne qu’au bout d’un mois je sois dégouté, démotivé ? Je ne pouvais même pas payer un loyer, j’en dormais pas la nuit.
Que penser de toutes ces boites qui plutot que d’avoir des représentants du personnel, des syndicats chez eux, préfèrent recréer une seconde boite au delà de 50 employés? Et vazy que j’essaye d’obtenir le statut JEI, de tirer sur la corde…
Que penser de toutes les boites qui cherchent à obtenir le statut « entreprise de l’audiovisuel » pour pouvoir profiter du CDD audiovisuel encore plus dégueulasse qu’un CDD classique ? Une entreprise est sensée profiter un minimum à ses employés et le jeu vidéo nous profite pas, à nous qui en sommes les chenilles ouvrières.
Que penser du fait que Nobilis, Darkworks, Widescreen, Mad Monkeys ou White Birds se soient cassées la gueule dans l’indifférence totale du grand public. A-t-on pensé aux gens laissés sur le carreau? A leurs familles ?
Que penser de la surabondance de suites pourries (Oui toi, Silent Hill Homecoming) ou du nombre débile de FPS créés chaque année parce que parait que le FPS ça se vend bien, dont bon nombre de FPS à chier ?
Que penser quand on sait que 50% du budget total investi sur un jeu, c’est sa pub ?
Ce n’est pas pour rien que je change partiellement d’industrie en m’orientant vers le web. On ne peut plus vivre décemment de cette passion, et les salaires sont méprisants.Oui notre industrie a un vrai manque de créativité (j’ai suffisament gueulé sur Ubisoft et ses Settlers 12, ses Lapins crétins 15 et ses Splinter Cell 25, Prince Of Persia 36 et j’en passe). Il faut continuer de dénoncer et de combattre ça. Notre industrie est puante, notre industrie est crasseuse.
Pour autant des choses sont possibles. Des créateurs existent. On a toujours en tête des perles sur le XBox Live, le PSN ou Steam, des créateurs indépendants qui tirent leur épingle du jeu. World of Goo, Limbo, Loco Roco, Patapon, Castle Crushers…Il y a des millions d’exemple. C’est pour eux, et parce que je crois encore qu’un autre jeu vidéo est possible, que, personnellement je continuerai le combat, personnellement. Même si la magie, le rêve est mort, on peut toujours les ressuciter.
D’autre part, je connais certains des gens… Chez Ubi, chez Cyanide et dans plein d’autres boites… Motion Twins par exemple ! Des gens remplis de talent, d’un esprit indépendant et de créativité. Si le système les détruit pas, ou leur lave pas le cerveau, ces gens là arriveront à des responsabilités importantes petit à petit. Et je crois en eux pour changer ce système et le rendre meilleur.
Pas après pas. Mais qu’on soit d’accord, même si c’est pas après pas, il y a des millions de marches à monter. Bonne ascension, le paradis est loin. Très loin.
PS : In ENJMIN I trust
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